CANAL12 InterviewQuestions à Eric SAUSSINE (Réalisateur)
CANAL12.FR : - Bonjour Eric. Tu es le réalisateur de "James BOND 007 – Shamelady", l'un des meilleurs fans films du moment. Expliques-nous un peu comment a germé une telle entreprise… Eric SAUSSIN E : - Dater l’idée m’est impossible. Ca remonte ! Fin 2004, j’ai appelé mon ami Pierre Rodiac, l’ancien président du Club James Bond France et je lui ai parlé de mon idée d’adapter sérieusement Casino Royale le premier roman de Ian Fleming, dont seuls un téléfilm vieillot de 1954 et une parodie de 1967 avaient été produits. Rien de sérieux, rien qui ressemblait aux Bond que tout le monde connaît. Le lendemain, emballé, Pierre m’envoie un synopsis. Je corrige, j’écris un scénario, il corrige. Le scènario a fait quelques aller-retours via e-mail car j’habite la banlieue parisienne et Pierre habite Fréjus. Quand le script est prêt deux mois plus tard, patatra ! Eon annonce qu’il vont produire un très sérieux Casino Royale, celui qui verra Daniel Craig s’imposer dans le rôle. On a donc changé titre et intrigue, ramené le méchant historique, l’organisation SPECTRE, et continué sur notre lancée…Shamelady est un film hommage et la filiation avec Casino Royale est assez évidente… CANAL12.FR : - Comment ton choix s'est-il porté sur Serge ROTELLI ? Qu'elle a été votre manière de travailler ensemble ? Eric SAUSSINE : - Serge était un choix évident, pour autant qu’il accepte. Pierre le connaissait car il avait fait quelques apparitions en tant que sosie de 007 dans diverses conventions. Il a retrouvé son numéro de téléphone et a sondé son intérêt. Serge est un fan de 007 et l’idée l’a séduit (même s’il se méfiait de l’augure d’un tournage amateur). Finalement, c’est lui qui m’a rappelé car je ne voulais pas lancer « officiellement » le film tant que je n’avais pas le décor principal qui validait tout le projet, à savoir le casino. On a fait une répétition, et il a failli abandonner car le jeu n’allait pas. On a persévéré, et une fois le smoking enfilé au casino (notre tout premier tournage), il s’est mis à l’aise. Je lui suggérais des expressions, je lui demandais de ne pas prendre des poses de mannequins (une occupation occasionnelle pour lui…) et il s’est vite amélioré. Aujourd’hui notre deuxième James Bond est en post-production, et l’amélioration de son jeu est très nette. CANAL12.FR : - Benoit GRIMMIAUX prête sa voix à 007 et plusieurs personnes en doublent certaines. Peux-tu nous expliquer ces choix et comment se passe le travail ? Eric SAUSSINE : - Choix technique car le son direct de notre caméra video était médiocre et nous ne pouvions nous permettre un perchiste pour tourner vite. Choix artistique car Serge n’a pas une voix qu’on associe au personnage de Bond. Après une paire de semaine, il l’a reconnu lui-même et est aujourd’hui très heureux de ce choix. Quant à Benoit, c’est un pro, et un type charmant. Il a élevé le niveau du film de façon spectaculaire. Ca m’a fait un choc le jour du doublage. Cela s’est passé très simplement, d’une manière pas si différente qu’un doublage traditionnel d’ailleurs. J’avais préparé les vidéos avec les sons d’origine et Benoit et les autres ont écouté le métrage et reproduit les dialogues en améliorant l’interprétation. Un vrai choc, je vous dis… CANAL12.FR : - Tu t'es offert le luxe d'intégrer l'Aston MARTIN DB5 dans ton film. A-t-elle été difficile à trouver ? Eric SAUSSINE : - Le téléphone ! Des coups de fils sans fin jusqu’à ce que je tombe sur le propriétaire du seul garage Aston Martin privé de France qui avait cette DB5 qu’il bichonnait mais qui ne sortait presque jamais du garage. Le propriétaire en avait laissé la garde au garagiste et, après avoir demandé l’autorisation, ce fut pour lui l’occasion de la sortir et de la roder. Le scénario prévoyait une brêve filature car on ne pensait pas avoir une voiture de luxe à disposition assez longtemps. Finalement, on a tourné de 10 heures à 17 heures avec une pose repas de 2 heures et j’en ai profité à fond. Cette journée (une des plus mémorables du tournages) m’ a permis quand même de faire une modeste poursuite de deux minutes. J’ai filmé tout ce que j’ai pu, tous les angles possibles ! Cette scène, dont la version écrite n’était que de quelques secondes, est vraiment née le jour de son tournage. CANAL12.FR : - Qui dit James BOND, dit décors somptueux. As-tu eu des complications sur les repérages et le tournage ? Eric SAUSSINE : - Non. Il a fallu du temps certes pour s’assurer ces décors mais tout s’est passé de deux manières : 1. beaucoup de temps passé au téléphone et via e-mail (le casino, le château de Descarpes, l’Aston Martin) 2. par relations : en effet, on connaissait quelqu’un qui possédait une Sunbeam Alpine (la voiture de l’héroine à la fin du film, qui est celle de Sean Connery dans Dr. No), le premier château était celui du Baron Empain, et une de nos relations connaît les propriétaires actuels, pareil pour le MI6, le jolie pièce où se passe la bagarre finale, l’avion de Descarpes etc. CANAL12.FR : - Avec quel matériel travaille-tu ? Eric SAUSSINE : - Jusqu’à Shatterhand j’avais une Canon DV XM2, qui a rendu l’âme après des années de bons et loyaux services. J’utilise maintenant diverses caméra HDV. Je n’ai pas de caméra HD moi-même mais des amis très sympas et motivés par nos projets ! CANAL12.FR : - Où en est le projet du second opus "Shatterhand", la sortie est-elle prévue pour 2011 ? Eric SAUSSINE : - Fin 2010 se serait un luxe. 2011 me semble jouable. La post-production de ce film est beaucoup plus longue que celle de Shamelady (elle-même très longue) Le film est tourné à 90 %, le montage fait à 80 %. En ce moment, je m’échine sur le montage d’une poursuite à ski. La raison en est simple : 7 jours de tournage alpin, 2 heures de métrage, 2 minutes de poursuite. Faites le calcul sur le tri à faire. Puis là, vous tournez un peu à l’aveugle, en espérant capturer quelque chose de spécial dans l’objectif. 30 min de métrage pour une scène de 5 min, surtout si ce sont des dialogues qui s’enchainent comme le prévoit un scnario, ça, c’est fastoche. Une autre scène me donne du fil à retordre pour des raisons similaires. Bond explore des jardins exotiques mystérieux et j’ai aussi une tonne de matériel vidéo. Vu la beauté du sujet filmé, il est rès facile de tomber amoureux des images et 007 ne peut pas se balader pendant 10 minutes, nous ne sommes pas chez Rivette ! Le tournage d’inserts et de figurants, le doublage, le mixage et certains effets spéciaux restent à faire. CANAL12.FR : - Penses-tu nous faire un 3ème opus ? Eric SAUSSINE : - On a l’idée, on a les situations, les décors, les scènes d’actions, on a les acteurs. Manque plus que la motivation et franchement, on se dit qu’il serait temps de passer à autre chose. Mais j’adore Bond, alors il ne faut jamais dire “jamais plus jamais”… (J’ajouterai, qu’en fait, la motivation ne me manque pas, mais ces films prennent un temps inimaginable…) CANAL12.FR : - D'autres projets à "Constellations studios" ? Eric SAUSSINE : - En pagaille… un western comique de 7 min, une troisième aventure de Paul et Raoul (les personnages de Pique-nique et Bluff), et un film gros format comme les deux Bond intitulé Opera Mundi (avec des sauts en altitude, un Boeing 747 en vedette, des tournages qui ont déjà eu lieu à Nîmes et à Rio de Janeiro, mais ce n’est que le début…) CANAL12.FR : - En tout cas nous vous souhaitons à tous une longue vie pour vos projets et encore merci pour ce travail titanesque. Eric SAUSSINE : - Merci et longue vie à CANAL12.FR, un site dont je trouve le concept vraiment généreux !

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